Retables et boiseries

Retable de Champagnole

Objet : retable en bois polychrome et doré (fin XVIIe siècle) classé MH
Localisation : église St-Cyr et Ste-Julitte de Champagnole, Jura (39)
Attribution : Etienne et Pierre Etienne Monnot
Maître d’oeuvre : Mairie de Champagnole
Traitement : restauration


Historique

Le retable baroque provient du couvent des Ursulines de Poligny. Il a été acquis en 1793 à l’initiative du curé de Champagnole, et remonté dans le chœur en démolissant partiellement un autel en stuc. Deux interventions ont été documentées depuis ce remontage. La première concerna des travaux de nettoyage et de mise en peinture du retable et de dorure de l’autel (Hippolyte Dessery, peintre décorateur à Orléans, 1875). La deuxième fut réalisée en 1966 par le sculpteur Maxime Chiquet qui procéda à un nettoyage, à un dépoussiérage, à un traitement insecticide et à l’application d’une protection à la cire d’abeille.

Aucun document précis concernant la commande de ce grand ensemble n’a été retrouvé à ce jour dans le fond d’archives des Ursulines de Poligny, conservé aux Archives départementales du Jura. L’examen dendrochronologique des sculptures de la Vierge-Marie et de la Marie-Madeleine fait au cours de la restauration a établi la date de l’abatage des troncs entre 1685 et 1695.

Cette date permet maintenant de remonter au sculpteur et à son atelier. D’un point vue stylistique le retable, avec ses grandes colonnes torses en partie cannelées, renvoi à Rome et à l’art baroque du Bernin du XVIIe siècle au moment où l’Eglise catholique cherchait à affirmer sa suprématie sur les Protestants même à travers la monumentalité des réalisations architecturales.

Parmi les artistes français qui se rendirent à Rome auprès de l’Académie royale de peinture et de sculpture, le sculpteur franc-comtois Pierre Etienne Monnot, né à Orchamps-Vennes dans le Doubs, pourrait bien être l’auteur du groupe de la Déposition et des grandes sculptures du retable de Champagnole. Après s’être formé à Dijon et à Paris, il était à Poligny à la fin du XVIIe s. avec l’atelier du père Etienne avant de partir pour Rome à la fin 1686 ou au début 1687. Dans la ville éternelle, il entreprit une étonnante carrière de sculpteur en réalisant des monuments, entre autres dans l’église Saint-Ignace-de-Loyola, dans la basilique de Saint-Pierre en Vatican et dans la basilique de Saint-Jean-de-Latran.

Restauration

La restauration du retable a eu comme parti pris par le maître d’œuvre en accord avec la D.R.A.C. de Franche-Comté, le maintien des surpeints appliqués après le remontage de l’œuvre et au cours des différentes interventions.

Le retable était très encrassé par des dépôts incrustés sur les couches de cire posées lors de l’intervention de 1966. Des soulèvements de la couche picturale et de dorure étaient présents sur le haut du retable avec de nombreux écaillements et des lacunes de polychromie. La structure en bois de noyer du retable était en bon état général bien qu’alourdie par une grande quantité de gravats tombés à l’arrière. Une infestation par les insectes xylophages s’était produite mais l’ecart par rapport au mur du fond du chœur, l’utilisation du chêne pour les grandes sculptures et l’épaisseur de la couche picturale en avaient limité l’étendue.
L’intervention a mis en œuvre les opérations de conservation sur la couche picturale à travers le refixage et sur le support par consolidation du bois et par désinsectisation. Le nettoyage a été l’opération la plus délicate et longue à réaliser pour retrouver l’éclat des dorures et des faux marbres de la couche picturale. La réintégration picturale des lacunes et la dorure ponctuelle à l’or fin d’éléments manquants dans la partie basse ont rendu une entière lisibilité au retable qui s’est révélé être une œuvre d’exception.