Retables et boiseries

Madonna del Capitello

Objet : Vierge à l'Enfant, bois polychrome (début XIVe s.)
Localisation : église Santa Elisabetta, Fogliano Redipuglia, Gorizia ( I )
Maître d’œuvre : Paroisse de Fogliano Redipuglia
Traitement : restauration


Historique

La Vierge à l’Enfant de Fogliano est surnommée « Madonna del Capitello » par les habitants du bourg car elle était placée dans une petite chapelle au milieu du village appelée le capitello. Selon la tradition locale, la Vierge aurait été retrouvée sur les bords du fleuve Isonzo près d’un ancien bac mais aucun document la concernant n’a été trouvé. Les particularités stylistiques et iconographiques du groupe sculpté permettent pourtant de la placer dans le contexte régional du premier art gothique.

La base du trône ornée de petits arcs est semblable à celle de la Vierge provenant de l’église de San Nicolò de Uècis dont la datation est du premier quart du XIVe siècle. Les formes des plis du manteau et la conception générale de la statue permettent de la relier aux célèbres statues de la façade du Dôme de Gemona, attribuées à l’architecte sculpteur Magister Ioannes qui y travailla avec son atelier au début du XIVe siècle.

Le long capuchon pointu de l’Enfant est un détail très rare pour la sculpture sur bois. On le retrouve par contre souvent dans la peinture murale vers la moitié du XIVe siècle. Des personnages à capuchon pointu sont par exemple peints sur les fresques de Vitale da Bologna du Dôme d’Udine (1348) et sur celles de l’église San Maria in Vineis à Strassoldo (peintes par des collaborateurs de Vitale da Bologna vers 1355 - 65).

La Madonna del Capitello, inconnue avant sa restauration, se révèle une œuvre extrêmement importante dans le contexte de la sculpture en bois polychromé du Nord Est de l’Italie et en particulier dans la région du Frioul-Vénétie-Julienne où les sculptures en bois du début du XIV siècle sont très rares.

Restauration

La Vierge à l’Enfant a été vêtue d’une vraie robe dès l’époque baroque. Elle a été ainsi protégée des surpeints mais a perdu son bras droit qui fut enlevé au ciseau à bois pour le remplacer d’un nouveau en ronde-bosse cloué sur le coté. Les cheveux de l’Enfant ont été resculptés en rasant les bouclettes probablement pour appliquer une perruque.

La polychromie d’origine était surpeinte irrégulièrement avec des couches de couleurs d’époques différentes. Les manteaux et les robes présentaient un surpeint avec des dorures et des argentures du XVI-XVIIe siècle tandis que les surpeints visibles sur les visages étaient plus récents.
Cette oeuvre conserve le plus ancien exemple de décor en relief en plâtre appliqué de la région. Les décorations étaient réalisées dans des moules de forme carrée ou rectangulaire, généralement en bois dur de fruitier. Une feuille d’étain était pressée dans les reliefs pour sortir le décor plus facilement après séchage. Les ornements en plâtre étaient ensuite coupés, appliqués, même sur des surfaces arrondies, et dorés.

Des sondages en recherche des surpeints sous-jacents sous loupe binoculaire et des analyses de micro-prélèvements de couche picturale ont été effectués en constatant cinq surpeints au-dessus de la polychromie d’origine. Les radiographies et les essais de dégagement de l’œuvre ont cependant montré que, sur la tête de l’Enfant, les strates plus anciennes étaient mal conservées.
Le choix de dégagement, décidé en accord avec le Conservateur de la Surintendance et le curé de la paroisse de Fogliano, a été de libérer le premier surpeint de la fin du XIVe siècle en conservant par contre le deuxième surpeint du XVI-XVIIe siècle sur les carnations.